Prévention de la dépendance liée aux troubles cognitifs

Il n’y a pas 50 manières d’éviter la maladie d’Alzheimer…
Mais 14 manières d’éviter ou retarder la dépendance liée aux troubles cognitifs !

Plus précisément, il existe 14 facteurs de risque potentiellement modifiables impliqués dans la survenue de la dépendance liée aux troubles cognitifs (troubles de la mémoire, du langage, de l’orientation dans le temps et dans l’espace, de la planification des gestes du quotidien ou de tâches plus complexes, etc.). Agir sur ces facteurs de risque pourrait éviter ou retarder 45 % des situations de dépendance liée aux troubles cognitifs, soit quasiment la moitié. Pour certains de ces facteurs de risque, ils sont communs avec d’autres problèmes de santé pourvoyeurs de dépendance, comme par exemple la dépendance liée à l’insuffisance cardiaque, à l’insuffisance respiratoire, aux accidents vasculaires cérébraux, aux chutes, etc. Leur modification est donc bénéfique à de nombreux titres !


Parmi ces 14 facteurs de risques, deux ont été identifiés plus récemment et d’autres continuent d’être explorés, pour proposer toujours davantage de stratégies de prévention et de réduction du risque. Leur effet se produit à des stades très différents de la vie, ce qui nécessite d’imaginer des interventions sur plusieurs facteurs de risque à la fois, et surtout à différents moments tout au long de la vie. L’impact serait de 5 % pour les actions à conduire dès l’enfance, 30 % pour celles à conduire à l’âge adulte, et seulement 10 % pour celles à conduire lors du vieillissement. L’action sur les facteurs de risque ne doit donc pas attendre les vieux jours !


Dès les premiers âges de la vie, c’est l’amélioration du niveau d’éducation qui permettrait de réduire de 5 % les cas de dépendance liée aux troubles cognitifs. La responsabilité ici est collective, et le niveau scolaire atteint semble compter davantage que le nombre d’années de scolarité. Le critère le plus probant serait le niveau de performance en lecture à 14-15 ans. Il est également recommandé de poursuivre à l’âge adulte la pratique d’activités stimulantes pour la cognition, permettant ainsi l’acquisition de la meilleure réserve cognitive possible.


L’âge adulte, avant d’amorcer le vieillissement, est le moment le plus propice à la prévention, qui permettrait alors de réduire de 30 % les cas de dépendance liée aux troubles cognitifs. Les recommandations suggèrent, par ordre d’importance de l’effet :

- de lutter contre les troubles de l’audition dès le milieu de la vie. On peut pour cela améliorer la protection contre les agressions sonores en milieu professionnel et dans le cadre des loisirs, et développer le dépistage des troubles de l’audition et leur prise en charge.

- de réduire un LDL-cholestérol élevé. Régime alimentaire équilibré, correction des erreurs alimentaires, voire traitements médicamenteux, les ressources sont nombreuses et bien connues tant ce facteur de risque est partagé avec d’autres pourvoyeurs de dépendance.

- de prendre en charge la dépression. Les troubles cognitifs et les troubles de l’humeur sont très fréquemment associés, mais l’action sur ce facteur de risque dès l’âge adulte permettrait déjà de réduire les situations ultérieures de dépendance liée aux troubles cognitifs.

- de réduire les traumatismes crâniens. Il s’agit ici surtout de la démonstration d’un lien entre les traumatismes crâniens dans le sport (rugby, football, hockey, etc.) et la survenue 2 à 3 ans plus précoce d’une dépendance liée aux troubles cognitifs. Les mesures de protection individuelle comme le port d’un casque, et la politique des fédérations sportives peuvent agir sur ce facteur de risque.

- de réduire la sédentarité et l’inactivité physique. Là encore, il s’agit d’un facteur de risque largement partagé avec d’autres pourvoyeurs de dépendance, et très largement sous-traité, qui relève d’une responsabilité individuelle et sociétale.

- d’éviter le diabète, et sinon d’en améliorer le contrôle pour en réduire les complications. Il s’agit de mobiliser ici des ressources de santé (dépistage, traitements médicamenteux), mais surtout des actions individuelles communes à d’autres facteurs de risque, pour réduire la résistance à l’insuline induite par certains aspects délétères du mode de vie.

- d’arrêter le tabac. Fumer à l’âge adulte est un facteur de risque de dépendance liée aux troubles cognitifs, et l’arrêt du tabac est démontré comme bénéfique pour sa prévention. Les mesures démontrées pour arrêter le tabac sont individuelles ou en groupe, et bénéficient de mesures sociétales (sensibilisation, éducation, actions sur le prix du tabac, interdictions de fumer dans les lieux publics, accessibilité de l’accompagnement au sevrage).

- d’éviter l’hypertension artérielle, et sinon d’en améliorer le contrôle. Dès l’âge de 40 ans, il est ainsi recommandé, pour réduire ce facteur de risque, de conserver une tension artérielle systolique à 130 mmHg ou moins. Le dépistage de l’hypertension artérielle est simple et accessible, et permet de mettre en œuvre des mesures individualisées pour atteindre cet objectif.

- de réduire l’obésité. Il est recommandé de maintenir un poids sain, et sinon de traiter l’obésité le plus tôt possible pour en réduire les complications à long terme, dont la dépendance liée aux troubles cognitifs. A l’âge adulte, la perte de seulement deux kilos, même si cette perte ne modifie pas le statut d’obésité, permettrait déjà d’améliorer les performances cognitives.

- de réduire une consommation excessive d’alcool, notamment par des campagnes d’action sur les prix des boissons alcoolisées, et de sensibilisation sur les risques de la consommation excessive. Il est ainsi démontré qu’une consommation supérieure à 168 grammes d’alcool par semaine (environ 17 verres « standard » tels que servis dans un bar, ou encore environ deux bouteilles de 75 cL de vin par semaine) est associée à un sur-risque.


Au cours du vieillissement, les stratégies préventives de la dépendance liée aux troubles cognitifs sont moins nombreuses, et permettraient de réduire le nombre de ces situations de 10 %. Il est recommandé de réduire l’isolement social des personnes âgées, réduire la pollution de l’air (prenez votre retraite en Lozère !), et de lutter contre les troubles de la vue.

Concernant l’isolement social, sa réduction compte autant que l’amélioration du niveau d’éducation dès les premiers âges de la vie. Il est recommandé pour cela de favoriser la création d’environnements pensés pour l’avancée en âge et de logements adaptés et partagés, ainsi que de faciliter la participation à des activités.


De nombreuses clés sont donc entre les mains de chacun individuellement et de tous collectivement, pour réduire de près de moitié le nombre de situations de dépendance liée aux troubles cognitifs.


Demandez à votre médecin les dépistages nécessaires, fixez ensemble les bons objectifs et identifiez les ressources et solutions pour réduire autant que possible ce risque !




Référence: Livingston G, Huntley J, Liu KY, Costafreda SG, Selbæk G, Alladi S, et al. Dementia prevention, intervention, and care: 2024 report of the Lancet standing Commission. The Lancet. 10 août 2024;404(10452):572‑628.